« Les origines païennes de l'Islam » : différence entre les versions
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===La Basmala=== | ===La Basmala=== | ||
La basmala islamique, « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (Bismillah Ar-Rahman Ar-Raheem), est récitée avant le début de chaque sourate et ouvre la prière de la Fātiḥa. À l’intérieur même des sourates, elle n’apparaît qu’une seule fois, dans | La basmala islamique, « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (Bismillah Ar-Rahman Ar-Raheem), est récitée avant le début de chaque sourate et ouvre la prière de la Fātiḥa. À l’intérieur même des sourates, elle n’apparaît qu’une seule fois, dans [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=27&verset=30 Coran 27:30]. | ||
En 2018, la première inscription connue de la basmala préislamique a été trouvée sur une falaise au Yémen, rédigée en écriture sud-arabique : « Au nom d’Allah, Rahman ; Rahman seigneur des cieux » (bsmlh rḥmn rḥmn rb smwt). Le reste de l’inscription dit : « satisfais-nous par ta faveur, et accorde-nous son essence (c’est-à-dire la sagesse) pour compter nos jours ». En écrivant sur cette découverte, Ahmad al-Jallad date l’inscription de la fin du VIe ou du début du VIIe siècle apr. J.-C. et observe que l’ensemble de l’inscription a une qualité psalmique, probablement influencée par la liturgie juive ou chrétienne. Il interprète le second rḥmn comme rḥm-n (« aie pitié de nous »)<ref name="alJalladBasmalah6-7">Ahmad al-Jallad [https://www.academia.edu/43388891 (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance], pp. 6-7</ref> Il note également que al-Rahman était à l’origine une divinité distincte d’Allah, et non un simple qualificatif comme dans la basmala islamique. Maslamah, un prophète yéménite rival de Muhammad, adorait al-Rahman, la divinité de l’ancien royaume de Himyar. Al-Jallad propose que la basmala ait été utilisée pour synchroniser les deux pôles monothéistes de l’Arabie : Allah au nord (où les autres divinités disparaissent complètement des archives épigraphiques au VIe siècle apr. J.-C.) et al-Rahman au sud. Cette équivalence aurait probablement été introduite lors des incursions himyarites vers le nord au VIe siècle. Cette différence régionale est reflétée dans | En 2018, la première inscription connue de la basmala préislamique a été trouvée sur une falaise au Yémen, rédigée en écriture sud-arabique : « Au nom d’Allah, Rahman ; Rahman seigneur des cieux » (bsmlh rḥmn rḥmn rb smwt). Le reste de l’inscription dit : « satisfais-nous par ta faveur, et accorde-nous son essence (c’est-à-dire la sagesse) pour compter nos jours ». En écrivant sur cette découverte, Ahmad al-Jallad date l’inscription de la fin du VIe ou du début du VIIe siècle apr. J.-C. et observe que l’ensemble de l’inscription a une qualité psalmique, probablement influencée par la liturgie juive ou chrétienne. Il interprète le second rḥmn comme rḥm-n (« aie pitié de nous »)<ref name="alJalladBasmalah6-7">Ahmad al-Jallad [https://www.academia.edu/43388891 (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance], pp. 6-7</ref> Il note également que al-Rahman était à l’origine une divinité distincte d’Allah, et non un simple qualificatif comme dans la basmala islamique. Maslamah, un prophète yéménite rival de Muhammad, adorait al-Rahman, la divinité de l’ancien royaume de Himyar. Al-Jallad propose que la basmala ait été utilisée pour synchroniser les deux pôles monothéistes de l’Arabie : Allah au nord (où les autres divinités disparaissent complètement des archives épigraphiques au VIe siècle apr. J.-C.) et al-Rahman au sud. Cette équivalence aurait probablement été introduite lors des incursions himyarites vers le nord au VIe siècle. Cette différence régionale est reflétée dans [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=17&verset=110 Coran 17:110]. Ar-Raheem (le miséricordieux) serait alors une innovation islamique ajoutée à al-Rahman de la basmala préislamique qui, à ce moment-là, en était venu à représenter un adjectif qualifiant Allah. | ||
<ref>Ahmad al-Jallad [https://www.academia.edu/43388891 (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance], page 13 ff </ref> Cette basmala préislamique, ainsi que de nombreuses autres inscriptions préislamiques, présentent des similitudes avec des expressions et une terminologie que l’on retrouve dans le Coran.<ref>Ahmad al-Jallad (2020) [https://www.academia.edu/43141064 Chapter 7: The Linguistic Landscape of pre-Islamic Arabia - Context for the Qur’an] in Mustafa Shah (ed.), Muhammad Abdel Haleem (ed.), "The Oxford Handbook of Qur'anic Studies", Oxford: Oxford University Press, pp. 121 ff</ref> Rb smwt dans l’inscription (« Seigneur des cieux ») est semblable à des inscriptions sud-arabiques en langue sabéenne (mrʾ smyn w-ʾrḍn), une expression qui apparaît aussi dans des versets tels que | <ref>Ahmad al-Jallad [https://www.academia.edu/43388891 (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance], page 13 ff </ref> Cette basmala préislamique, ainsi que de nombreuses autres inscriptions préislamiques, présentent des similitudes avec des expressions et une terminologie que l’on retrouve dans le Coran.<ref>Ahmad al-Jallad (2020) [https://www.academia.edu/43141064 Chapter 7: The Linguistic Landscape of pre-Islamic Arabia - Context for the Qur’an] in Mustafa Shah (ed.), Muhammad Abdel Haleem (ed.), "The Oxford Handbook of Qur'anic Studies", Oxford: Oxford University Press, pp. 121 ff</ref> Rb smwt dans l’inscription (« Seigneur des cieux ») est semblable à des inscriptions sud-arabiques en langue sabéenne (mrʾ smyn w-ʾrḍn), une expression qui apparaît aussi dans des versets tels que [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=19&verset=65 Coran 19:65] (« Seigneur des cieux et de la terre » ; rabbu l-samāwāti wal-arḍi).<ref>Ahmad al-Jallad [https://www.academia.edu/43388891 (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance], page 8</ref> | ||
===Orthographe=== | ===Orthographe=== | ||
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==== Réformisme abrahamique ==== | ==== Réformisme abrahamique ==== | ||
Muḥammad insiste sur le fait de suivre « la religion d’Abraham » plutôt que celle des juifs ou des chrétiens ( | Muḥammad insiste sur le fait de suivre « la religion d’Abraham » plutôt que celle des juifs ou des chrétiens ([https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=2&verset=135 Coran 2:135], [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=3&verset=67 Coran 3:67]). Le Coran élève Ismaël, fils d’Abraham, considéré comme l’ancêtre des Arabes selon des interprétations tardives des auteurs bibliques sur les « Ismaélites »<ref>Fisher, Greg. Arabs and Empires before Islam (p. 367). OUP Oxford. 2015. | ||
''Aucun passage de la Bible hébraïque ou de la Septante n’identifie explicitement ce groupe comme des “Arabes”, et un passage du livre des Jubilés (écrit au IIe siècle av. J.-C.), qui pourrait le faire, s’est révélé peu concluant.<sup>348</sup> Bien que deux auteurs hellénistiques tardifs identifient les Arabes comme les Ismaélites, l’identification claire entre Arabes et Ismaélites n’est apparue que plus tard, chez l’historien juif Flavius Josèphe (37–env. 100).<sup>349</sup>''</ref> (cependant, dans la Bible, c’est son autre fils Isaac avec qui l’alliance est établie, tandis qu’Ismaël en est expressément exclu).<ref>Cook, Michael. ''A History of the Muslim World: From Its Origins to the Dawn of Modernity'' (p. 58). Princeton University Press. 2024.</ref> Dans le Coran, Ismaël devient un prophète, et il est dit qu’il construit un temple avec Abraham ( | ''Aucun passage de la Bible hébraïque ou de la Septante n’identifie explicitement ce groupe comme des “Arabes”, et un passage du livre des Jubilés (écrit au IIe siècle av. J.-C.), qui pourrait le faire, s’est révélé peu concluant.<sup>348</sup> Bien que deux auteurs hellénistiques tardifs identifient les Arabes comme les Ismaélites, l’identification claire entre Arabes et Ismaélites n’est apparue que plus tard, chez l’historien juif Flavius Josèphe (37–env. 100).<sup>349</sup>''</ref> (cependant, dans la Bible, c’est son autre fils Isaac avec qui l’alliance est établie, tandis qu’Ismaël en est expressément exclu).<ref>Cook, Michael. ''A History of the Muslim World: From Its Origins to the Dawn of Modernity'' (p. 58). Princeton University Press. 2024.</ref> Dans le Coran, Ismaël devient un prophète, et il est dit qu’il construit un temple avec Abraham ([https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=2&verset=125 Coran 2:125-127]), identifié dans la tradition islamique comme la Kaaba à La Mecque. Ce récit, qui présente les disciples de Muḥammad comme les descendants d’Ismaël, relie non seulement le monothéisme arabe à l’héritage d’Abraham par la généalogie, mais établit également une charte religieuse pour le sanctuaire mecquois et le pèlerinage, offrant ainsi à Muḥammad un fondement significatif à son message. | ||
Michael Cook (2024) note que cette idée selon laquelle les Arabes seraient des descendants d'Abraham | Michael Cook (2024) note que cette idée selon laquelle les Arabes seraient des descendants d'Abraham [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=22&verset=78 Coran 22:78] est antérieure au Coran, et qu’elle était bien connue des Arabes depuis des millénaires, comme le rapporte Sozomène, un chrétien (né vers 380 à Bethelea, près de Gaza, en Palestine — mort vers 450 à Constantinople, Empire byzantin [aujourd’hui Istanbul, Turquie.])<ref>[https://www.britannica.com/biography/Sozomen Sozomen] | Christian lawyer | Byzantine historian | Britannica Entry </ref>, qui écrivait que certains avaient pris connaissance de ce fait et avaient commencé à pratiquer un monothéisme inspiré du judaïsme plutôt que le paganisme, plusieurs siècles avant l’islam. | ||
{{Quote|Cook, Michael. A History of the Muslim World: From Its Origins to the Dawn of Modernity (p. 58-60) (Kindle Edition) Princeton University Press.|Sozomène, un chrétien originaire d’un village près de Gaza écrivant dans la première moitié du Ve siècle, rapporte un récit intéressant sur les Sarrasins, l’un des noms par lesquels les Arabes étaient alors largement connus. Ils descendaient d’Ismaël, d’où leur autre appellation d’Ismaélites. « Étant donné leur origine, ils pratiquent la circoncision comme les Juifs, s’abstiennent de consommer du porc et observent de nombreux autres rites et coutumes juifs. » Bien entendu, cet héritage ancien des Arabes ne fut que partiellement préservé, mais cela s’explique aisément : « Les habitants des pays voisins, fortement enclins à la superstition, ont sans doute rapidement corrompu les lois imposées par leur ancêtre Ismaël. » Ils en vinrent donc à servir « les mêmes dieux que les nations voisines. » Mais ce tort fut finalement réparé : « Certains membres de leur tribu, étant entrés en contact avec les Juifs, apprirent d’eux la vérité sur leur origine, revinrent vers leurs proches, et s’orientèrent vers les lois et coutumes hébraïques. » Enfin, Sozomène revient à son époque : « Depuis ce moment-là, jusqu’à aujourd’hui, beaucoup d’entre eux règlent leur vie selon les préceptes juifs. »<sup>5</sup> | {{Quote|Cook, Michael. A History of the Muslim World: From Its Origins to the Dawn of Modernity (p. 58-60) (Kindle Edition) Princeton University Press.|Sozomène, un chrétien originaire d’un village près de Gaza écrivant dans la première moitié du Ve siècle, rapporte un récit intéressant sur les Sarrasins, l’un des noms par lesquels les Arabes étaient alors largement connus. Ils descendaient d’Ismaël, d’où leur autre appellation d’Ismaélites. « Étant donné leur origine, ils pratiquent la circoncision comme les Juifs, s’abstiennent de consommer du porc et observent de nombreux autres rites et coutumes juifs. » Bien entendu, cet héritage ancien des Arabes ne fut que partiellement préservé, mais cela s’explique aisément : « Les habitants des pays voisins, fortement enclins à la superstition, ont sans doute rapidement corrompu les lois imposées par leur ancêtre Ismaël. » Ils en vinrent donc à servir « les mêmes dieux que les nations voisines. » Mais ce tort fut finalement réparé : « Certains membres de leur tribu, étant entrés en contact avec les Juifs, apprirent d’eux la vérité sur leur origine, revinrent vers leurs proches, et s’orientèrent vers les lois et coutumes hébraïques. » Enfin, Sozomène revient à son époque : « Depuis ce moment-là, jusqu’à aujourd’hui, beaucoup d’entre eux règlent leur vie selon les préceptes juifs. »<sup>5</sup> | ||
Pour Sozomène, donc, les Arabes partageaient à l’origine avec les Israélites l’héritage de leur ancêtre commun Abraham, mais sous l’influence de leurs voisins païens, ils avaient perdu ce précieux héritage ancestral et sombré dans le paganisme. Ce n’est pas seulement ainsi que Sozomène le comprend ; il nous dit aussi, dans ce passage, que certains Arabes, ayant appris leur ascendance ismaélite grâce à des contacts avec les Juifs, étaient ensuite retournés à l’héritage de leurs ancêtres. Ce faisant, ils rejetaient les erreurs de leurs ancêtres récents pour retrouver leur véritable héritage d’origine. Plutôt qu’une trahison de leur ascendance, leur adhésion à l’héritage d’Abraham représentait le comble de la fidélité à celui-ci. Deux siècles plus tard, une idée similaire occupera une place centrale dans le Coran.}} | Pour Sozomène, donc, les Arabes partageaient à l’origine avec les Israélites l’héritage de leur ancêtre commun Abraham, mais sous l’influence de leurs voisins païens, ils avaient perdu ce précieux héritage ancestral et sombré dans le paganisme. Ce n’est pas seulement ainsi que Sozomène le comprend ; il nous dit aussi, dans ce passage, que certains Arabes, ayant appris leur ascendance ismaélite grâce à des contacts avec les Juifs, étaient ensuite retournés à l’héritage de leurs ancêtres. Ce faisant, ils rejetaient les erreurs de leurs ancêtres récents pour retrouver leur véritable héritage d’origine. Plutôt qu’une trahison de leur ascendance, leur adhésion à l’héritage d’Abraham représentait le comble de la fidélité à celui-ci. Deux siècles plus tard, une idée similaire occupera une place centrale dans le Coran.}} | ||
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==Culte à la Ka’bah== | ==Culte à la Ka’bah== | ||
Le Coran mentionne fréquemment un sanctuaire sûr ou une maison où ont lieu des rituels, qu’il nomme « la Ka'bah, la Maison sacrée » dans | Le Coran mentionne fréquemment un sanctuaire sûr ou une maison où ont lieu des rituels, qu’il nomme « la Ka'bah, la Maison sacrée » dans [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=5&verset=95 Coran 5:95-97]. Traditionnellement, on l’identifie aux « fondations de la maison » élevées par [[:en:Ibrahim_(Abraham)|Abraham]] et [[:en:Isma'il|Ismaël]] dans [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=2&verset=127 Coran 2:127], ce qui est probablement l’implication visée. Voir aussi [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=3&verset=96 Coran 3:96-97], qui affirme que la première maison pour l’humanité où Abraham priait fut construite à Bakkah, généralement comprise comme étant La Mecque, ainsi que [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=14&verset=35 Coran 14:35-41], où la maison sacrée construite par Abraham est décrite dans les mêmes termes que la Ka'bah dans d’autres versets. Encore plus explicite est [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=22&verset=26 Coran 22:26-29], où le site de la maison d’Abraham est identifié à la « maison ancienne » autour de laquelle les pèlerins sont autorisés à tourner. Il existe cependant peu ou pas de preuve directe concernant l’histoire préislamique de la Ka'bah à La Mecque. En revanche, certaines preuves indirectes significatives s’y rapportent, et elles ne vont pas dans le sens de la compréhension traditionnelle. | ||
Dans son article ''Foundations of the house'', Joseph Witztum discute ce verset ([https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=2&verset=127 Coran 2:127]). Il soutient que la scène coranique reflète un ensemble de traditions post-bibliques se fondant sur [https://www.biblegateway.com/passage/?search=Genesis%2022&version=NIV Genèse 22], où Abraham va sacrifier Isaac (dans le Coran, il s’agit d’Ismaël). Dans des traditions exégétiques ultérieures, Abraham construit un autel pour le sacrifice et Isaac s’offre volontairement. Dès ''Les Antiquités judaïques'' 1:227 de Josèphe (Ier siècle EC), Isaac aide même à la construction. Aux IVe et Ve siècles, plusieurs homélies chrétiennes (principalement syriaques) reprennent ce motif. Puis une homélie syriaque du VIe siècle de Jacques de Saroug sur Genèse 22 les décrit comme construisant non seulement un autel mais une « maison » (syriaque : *bayta*), comme dans le Coran (arabe : *bayt*). Witztum soutient que le Coran transfère cette imagerie associée à Jérusalem vers La Mecque.<ref>Joseph Witztum, [https://www.jstor.org/stable/40378843 The Foundations of the House (Q 2: 127)], Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, vol. 72, no. 1, 2009, pp. 25–40 ]<BR />Dans le Livre des Jubilés (IIe siècle AEC), un autel construit par Abraham à Hébron est mentionné. La maison d’Abraham est aussi évoquée à plusieurs reprises, mais uniquement comme son foyer ou sa maisonnée, et non comme sanctuaire).</ref> Le développement clairement tardif de l’idée qu’Abraham ait construit une maison sacrée pour y sacrifier son fils remet en question la réalité historique de ce récit, sans parler de l’idée que la Ka'bah de La Mecque en serait le lieu. Pour bien d’autres exemples d’éléments narratifs chrétiens syriaques dans le Coran, voir l’article (anglais): [[:en:Parallels_Between_the_Qur'an_and_Late_Antique_Judeo-Christian_Literature|''Parallels Between the Qur'an and Late Antique Judeo-Christian Literature'']]. | |||
Les conclusions de Witztum sont également résumées par Gabriel Said Reynolds dans son commentaire académique sur le Coran. Reynolds note par ailleurs que l’historien byzantin Sozomène du Ve siècle EC (mort en 450) rapporte que les Arabes effectuaient un pèlerinage annuel à Hébron, près de Jérusalem, où Abraham aurait reçu une visite divine (Genèse 18). Reynolds suggère que ce pèlerinage arabe a pu être ultérieurement transféré à La Mecque.<ref>Gabriel Said Reynolds, ''The Qur'an and the Bible: Text and Commentary'', New Haven and London: Yale University Press, 2018, pp. 69-70</ref> En effet, il semble étrange que ces Arabes se rendent jusqu’à Hébron en pèlerinage si la maison d’Abraham était déjà identifiée à un sanctuaire à La Mecque à cette époque. Le professeur Sean Anthony a écrit une discussion complémentaire utile sur le sujet.<ref>Sean Anthony (2018) [https://www.academia.edu/40662088 Why Does the Qur'an Need the Meccan Sanctuary? Response to Professor Gerald Hawting's 2017 Presidential Address], Journal of the International Qur'anic Studies Association, Vol. 3 pp. 25-41</ref> Patricia Crone est largement reconnue pour avoir établi que La Mecque n’avait aucune importance particulière au moment de l’émergence de l’islam, qu’elle ne se trouvait pas sur la principale route commerciale, et que son commerce portait sur des produits comme le cuir, la laine et d’autres biens pastoraux.<ref>Cette thèse a été défendue de manière décisive par Crone dans son ouvrage de 1987, ''Meccan Trade and the Rise of Islam'', puis renforcée dans son article de 1992 [https://www.jstor.org/stable/4057061 Serjeant and Meccan Trade] et son article de 2007 [https://www.jstor.org/stable/40378894 Quraysh and the Roman Army: Making Sense of the Meccan Leather Trade]</ref> | Les conclusions de Witztum sont également résumées par Gabriel Said Reynolds dans son commentaire académique sur le Coran. Reynolds note par ailleurs que l’historien byzantin Sozomène du Ve siècle EC (mort en 450) rapporte que les Arabes effectuaient un pèlerinage annuel à Hébron, près de Jérusalem, où Abraham aurait reçu une visite divine (Genèse 18). Reynolds suggère que ce pèlerinage arabe a pu être ultérieurement transféré à La Mecque.<ref>Gabriel Said Reynolds, ''The Qur'an and the Bible: Text and Commentary'', New Haven and London: Yale University Press, 2018, pp. 69-70</ref> En effet, il semble étrange que ces Arabes se rendent jusqu’à Hébron en pèlerinage si la maison d’Abraham était déjà identifiée à un sanctuaire à La Mecque à cette époque. Le professeur Sean Anthony a écrit une discussion complémentaire utile sur le sujet.<ref>Sean Anthony (2018) [https://www.academia.edu/40662088 Why Does the Qur'an Need the Meccan Sanctuary? Response to Professor Gerald Hawting's 2017 Presidential Address], Journal of the International Qur'anic Studies Association, Vol. 3 pp. 25-41</ref> Patricia Crone est largement reconnue pour avoir établi que La Mecque n’avait aucune importance particulière au moment de l’émergence de l’islam, qu’elle ne se trouvait pas sur la principale route commerciale, et que son commerce portait sur des produits comme le cuir, la laine et d’autres biens pastoraux.<ref>Cette thèse a été défendue de manière décisive par Crone dans son ouvrage de 1987, ''Meccan Trade and the Rise of Islam'', puis renforcée dans son article de 1992 [https://www.jstor.org/stable/4057061 Serjeant and Meccan Trade] et son article de 2007 [https://www.jstor.org/stable/40378894 Quraysh and the Roman Army: Making Sense of the Meccan Leather Trade]</ref> | ||
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== Versets de Serment == | == Versets de Serment == | ||
Il existe de nombreux 'serments' dans le Coran, souvent au début des sourates, 'jurant' sur quelque chose.{{Quote|[https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate | Il existe de nombreux 'serments' dans le Coran, souvent au début des sourates, 'jurant' sur quelque chose.{{Quote|[https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=103&verset=1 Coran 103:1]|Par l’après-midi. <br> | ||
wal-ʿaṣri}}Stewart (2012)<ref>Stewart, Devin J. "''The Mysterious Letters and Other Formal Features of the Qur’ān in Light of Greek and Babylonian Oracular Texts.''" Found in: Reynolds, Gabriel. ''New Perspectives on the Qur'an: The Qur'an in its Historical Context 2 (Routledge Studies in the Qur'an)'' Taylor & Francis. 2012. pp. 323-48.</ref> note que les serments au début de nombreuses sourates coraniques (ainsi que d'autres caractéristiques coraniques) appartiennent à une tradition oraculaire préislamique liée à la divination. Ces serments invoquent souvent des corps célestes tels que le soleil, la lune et les étoiles, ainsi que des phénomènes naturels comme la nuit, le jour et des moments spécifiques. Historiquement, certaines de ces entités célestes étaient vénérées comme des divinités, y compris par la tribu des Quraysh. Cependant, dans le Coran, leur régularité prévisible est mise en avant comme un signe du contrôle de Dieu sur l'univers. L'utilisation des serments faisant référence à des moments spécifiques de la journée reflète une continuité des conventions poétiques et oraculaires préislamiques. Des exemples incluent des serments par l'aube, le crépuscule, le matin et d'autres moments spécifiques, comme on le voit dans divers versets (par exemple, | wal-ʿaṣri}}Stewart (2012)<ref>Stewart, Devin J. "''The Mysterious Letters and Other Formal Features of the Qur’ān in Light of Greek and Babylonian Oracular Texts.''" Found in: Reynolds, Gabriel. ''New Perspectives on the Qur'an: The Qur'an in its Historical Context 2 (Routledge Studies in the Qur'an)'' Taylor & Francis. 2012. pp. 323-48.</ref> note que les serments au début de nombreuses sourates coraniques (ainsi que d'autres caractéristiques coraniques) appartiennent à une tradition oraculaire préislamique liée à la divination. Ces serments invoquent souvent des corps célestes tels que le soleil, la lune et les étoiles, ainsi que des phénomènes naturels comme la nuit, le jour et des moments spécifiques. Historiquement, certaines de ces entités célestes étaient vénérées comme des divinités, y compris par la tribu des Quraysh. Cependant, dans le Coran, leur régularité prévisible est mise en avant comme un signe du contrôle de Dieu sur l'univers. L'utilisation des serments faisant référence à des moments spécifiques de la journée reflète une continuité des conventions poétiques et oraculaires préislamiques. Des exemples incluent des serments par l'aube, le crépuscule, le matin et d'autres moments spécifiques, comme on le voit dans divers versets (par exemple, [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=92&verset=1 Coran 92:1-2], [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=74&verset=32 Coran 74:32-34], [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=81&verset=18 Coran 81:18], [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=89&verset=1 Coran 89:1], [https://coran-seul.com/index.php/verset?sourate=84&verset=15 Coran 84:15]). ''[[:en:Huruf_Muqatta'at_(Disjointed_Letters_in_the_Qur'an)|Lettres mystérieuses]] et les références aux Écritures sont parfois combinées avec un serment, comme dans Qāf * wa-l-Qurʾāni l-majīd *, “Q. Par le Glorieux Qurʾān” (Q 50:1); Nūn wa-l-qalami wa-mā yasṭurūn, “N. Par le stylo et ce qu'ils écrivent” (Q 68:1); Ḥā mīm wa-l-kitābi l-mubīn, “Ḥ. M. Par le Livre clair” (43:1–2; 44:1–2).''<ref>Ibid. pp. 339.</ref> Il note sur l'origine de ces types de serments dans l'Arabie préislamique. | ||
{{Quote|Stewart, Devin J. "The Mysterious Letters and Other Formal Features of the Qur’ān in Light of Greek and Babylonian Oracular Texts." New Perspectives on the Qur'an (2012). pp 337-338.|Les serments par le soleil, la lune et les étoiles qui apparaissent si fréquemment dans les serments des oracles préislamiques et coraniques, ainsi que les serments par des animaux dans les oracles préislamiques, peuvent avoir été développés à partir des signes utilisés pour la divination. Par exemple, le devin yéménite Saṭīḥ (Rabīʿ b. Rabīʿa b. Masʿūd) aurait fait la prédiction suivante expliquant un rêve du roi yéménite Rabīʿa b. Naṣr : aḥlifu bi-mā bayna l-ḥarratayni min ḥanash la-tahbiṭanna arḍakum ul-ḥabash fa-la-yamlikunna mā bayna Abyana ilā Jurash Je jure par les serpents entre les deux champs de lave, que les Éthiopiens descendront sur votre terre, et conquerront tout le territoire entre Abyan et Jurash<sup>39</sup>... ...Les oracles préislamiques juraient fréquemment par ou faisaient référence à des animaux, comme l'oracle de Saṭīḥ pour Rabīʿa b. Naṣr mentionné ci-dessus, qui fait référence aux serpents. De même, les prononcés attribués à Musaylimah font référence au loup, à la grenouille, et à l'éléphant. <sup>42</sup> Cette caractéristique des oracles préislamiques qui ressemble à l'usage grec a été en grande partie abandonnée dans le Coran. Les serments d'ouverture dans al-ʿĀdiyāt (Q 100) semblent être une exception, se référant probablement aux chevaux. Les passages de serments d'ouverture dans plusieurs sourates qui comportent chacune une série de participes féminins pluriels (Q 37:1–3; 51:1–4; 77:1–4; 79:1–5; 100:1–5) nous amènent à penser qu'il s'agissait d'un type de serment conventionnel dans les déclarations oraculaires préislamiques. <sup>43</sup> Cette convention particulière reste mal comprise, mais ces serments pourraient avoir fait référence à des animaux ou des esprits.}} | {{Quote|Stewart, Devin J. "The Mysterious Letters and Other Formal Features of the Qur’ān in Light of Greek and Babylonian Oracular Texts." New Perspectives on the Qur'an (2012). pp 337-338.|Les serments par le soleil, la lune et les étoiles qui apparaissent si fréquemment dans les serments des oracles préislamiques et coraniques, ainsi que les serments par des animaux dans les oracles préislamiques, peuvent avoir été développés à partir des signes utilisés pour la divination. Par exemple, le devin yéménite Saṭīḥ (Rabīʿ b. Rabīʿa b. Masʿūd) aurait fait la prédiction suivante expliquant un rêve du roi yéménite Rabīʿa b. Naṣr : aḥlifu bi-mā bayna l-ḥarratayni min ḥanash la-tahbiṭanna arḍakum ul-ḥabash fa-la-yamlikunna mā bayna Abyana ilā Jurash Je jure par les serpents entre les deux champs de lave, que les Éthiopiens descendront sur votre terre, et conquerront tout le territoire entre Abyan et Jurash<sup>39</sup>... ...Les oracles préislamiques juraient fréquemment par ou faisaient référence à des animaux, comme l'oracle de Saṭīḥ pour Rabīʿa b. Naṣr mentionné ci-dessus, qui fait référence aux serpents. De même, les prononcés attribués à Musaylimah font référence au loup, à la grenouille, et à l'éléphant. <sup>42</sup> Cette caractéristique des oracles préislamiques qui ressemble à l'usage grec a été en grande partie abandonnée dans le Coran. Les serments d'ouverture dans al-ʿĀdiyāt (Q 100) semblent être une exception, se référant probablement aux chevaux. Les passages de serments d'ouverture dans plusieurs sourates qui comportent chacune une série de participes féminins pluriels (Q 37:1–3; 51:1–4; 77:1–4; 79:1–5; 100:1–5) nous amènent à penser qu'il s'agissait d'un type de serment conventionnel dans les déclarations oraculaires préislamiques. <sup>43</sup> Cette convention particulière reste mal comprise, mais ces serments pourraient avoir fait référence à des animaux ou des esprits.}} | ||
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Cet article traite de la religion monothéiste de l’Islam et de son héritage arabe préislamique. Alors que le Coran a été composé dans un dialogue étendu avec la théologie et les légendes judéo-chrétiennes de l’Antiquité tardive, l’héritage de son environnement plus immédiat perdure aujourd’hui à travers les noms, les rituels et certaines croyances spécifiques.
Histoire du nom Allah et de la Basmala
Voir aussi: Au nom d'Allah, Al-Kalam.
Le Livre des Idoles de Hisham ibn al-Kalbi (mort en 819 EC) est une série de récits populaires lointains décrivant l’idolâtrie manifeste des Arabes préislamiques, avec un récit global affirmant que cela prit fin avec l’avènement de l’Islam. La recherche académique contemporaine reconnaît qu’il s’agit là d’un récit erroné, visant à créer un contraste plus net entre la période juste avant l’Islam et l’Islam lui-même.[2][3] Notre compréhension du paysage religieux dans l’Arabie préislamique est transformée au XXIe siècle par l’étude des preuves épigraphiques (inscriptions sur pierres, art rupestre et leur contexte archéologique), complétée par une étude attentive des preuves internes du Coran et des premières sources islamiques, indépendamment des œuvres historiographiques ultérieures.
À partir du IVe siècle EC, lorsque Himyar commence à adopter le judaïsme, les divinités païennes disparaissent presque complètement du registre épigraphique des écritures sud-arabiques, inaugurant ce que l’on appelle la période monothéiste dans cette région méridionale de l’Arabie. À leur place, un dieu unique, Rḥmnn (littéralement, Le Miséricordieux), commence à apparaître, devenant finalement l’épithète coranique al-Rahman (voir ci-dessous).[4] Le professeur Ahmad al-Jallad, reconnu pour ses travaux sur les langues et systèmes d’écriture de l’Arabie préislamique, note que le nom raḥmān apparaît dans plusieurs inscriptions sud-arabiques préislamiques et dérive de l’araméen juif *raḥmānā*.[5] Sigrid Kjær observe que l’usage de Rahman (ou Rahman-an avec le suffixe défini) ne devient véritablement monothéiste qu’au VIe siècle EC, étant auparavant utilisé dans un contexte monolâtre (objet unique de culte, bien que d'autres divinités soient reconnues). Le Coran présente une progression chronologique dans l’usage des théonymes : *Rabb* (seigneur) dans la première phase, puis *al-Rahman*, et finalement une utilisation presque exclusive du nom *Allah*.[6]
Le mot Allāh apparaît pour la première fois dans les archives épigraphiques comme le nom d’une des nombreuses divinités nabatéennes dans le nord de l’Arabie au Ier siècle av. J.-C. ou au Ier siècle apr. J.-C.[7] Le mot pourrait provenir d’une contraction de al-ʾilāh (le dieu), bien qu’il existe certaines difficultés linguistiques avec cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, il s’agissait du nom d’une divinité à cette époque et rien n’indique qu’il était associé au dieu monothéiste judéo-chrétien. Le nom Abd Allah (comme le père de Muhammad) apparaît pour la première fois dans un contexte païen nabatéen. Dans ce contexte, ils utilisaient la même construction pour d'autres dieux, par exemple ʿAbdu Manōti, « serviteur de Manāt ». Dans les inscriptions safaitiques (un script utilisé dans le désert d’Arabie du Nord), le nom Allāh est parfois invoqué, mais bien moins fréquemment que d’autres divinités. Au VIe siècle apr. J.-C., le nom Allāh est appliqué dans un contexte monothéiste autour du Ḥijāz et finit par fusionner avec le terme chrétien al-ʾilāh (le dieu). Allah apparaît associé à al-Rahman (qui, dans le sud, était associé au dieu judéo-chrétien) dans une inscription basmala préislamique découverte au Yémen, comme discuté dans la section suivante.[8] Al-Jallad écrit : « Contrairement à l’Arabie du Sud, les traditions monothéistes d’Arabie du Nord aux Ve et VIe siècles invoquaient al-ʾilāh/allāh. Tandis que al-ʾilāh est attesté dans des contextes chrétiens évidents, allāh est plus rare et trouvé dans des contextes confessionnels ambigus. Il est impossible pour le moment de dire si la distinction entre les deux était simplement régionale ou si elle reflétait une scission confessionnelle. Ce qui est clair, cependant, c’est que “Raḥmān” n’était pas utilisé dans les temps préislamiques en Arabie du Nord."[9]
La Basmala
La basmala islamique, « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (Bismillah Ar-Rahman Ar-Raheem), est récitée avant le début de chaque sourate et ouvre la prière de la Fātiḥa. À l’intérieur même des sourates, elle n’apparaît qu’une seule fois, dans Coran 27:30.
En 2018, la première inscription connue de la basmala préislamique a été trouvée sur une falaise au Yémen, rédigée en écriture sud-arabique : « Au nom d’Allah, Rahman ; Rahman seigneur des cieux » (bsmlh rḥmn rḥmn rb smwt). Le reste de l’inscription dit : « satisfais-nous par ta faveur, et accorde-nous son essence (c’est-à-dire la sagesse) pour compter nos jours ». En écrivant sur cette découverte, Ahmad al-Jallad date l’inscription de la fin du VIe ou du début du VIIe siècle apr. J.-C. et observe que l’ensemble de l’inscription a une qualité psalmique, probablement influencée par la liturgie juive ou chrétienne. Il interprète le second rḥmn comme rḥm-n (« aie pitié de nous »)[10] Il note également que al-Rahman était à l’origine une divinité distincte d’Allah, et non un simple qualificatif comme dans la basmala islamique. Maslamah, un prophète yéménite rival de Muhammad, adorait al-Rahman, la divinité de l’ancien royaume de Himyar. Al-Jallad propose que la basmala ait été utilisée pour synchroniser les deux pôles monothéistes de l’Arabie : Allah au nord (où les autres divinités disparaissent complètement des archives épigraphiques au VIe siècle apr. J.-C.) et al-Rahman au sud. Cette équivalence aurait probablement été introduite lors des incursions himyarites vers le nord au VIe siècle. Cette différence régionale est reflétée dans Coran 17:110. Ar-Raheem (le miséricordieux) serait alors une innovation islamique ajoutée à al-Rahman de la basmala préislamique qui, à ce moment-là, en était venu à représenter un adjectif qualifiant Allah. [11] Cette basmala préislamique, ainsi que de nombreuses autres inscriptions préislamiques, présentent des similitudes avec des expressions et une terminologie que l’on retrouve dans le Coran.[12] Rb smwt dans l’inscription (« Seigneur des cieux ») est semblable à des inscriptions sud-arabiques en langue sabéenne (mrʾ smyn w-ʾrḍn), une expression qui apparaît aussi dans des versets tels que Coran 19:65 (« Seigneur des cieux et de la terre » ; rabbu l-samāwāti wal-arḍi).[13]
Orthographe
Allāh est écrit lh dans cette inscription de basmala préislamique trouvée au Yémen, une orthographe également présente dans le nord de l’Arabie où des inscriptions bilingues safaitique-grec confirment qu’il était vocalisé allāh.[10][7] En 2022, une expédition menée par al-Jallad avec Hythem Sidky a découvert que dans les inscriptions préislamiques du VIe au début du VIIe siècle, l’orthographe des inscriptions entre Médine et Tabuk est ʾlh (qui était aussi l’orthographe nabatéenne), ou lh, ou lorsqu’il est utilisé en état de annexion (iḍāfah), lhy. Cependant, l’orthographe avec double lām ʾllh apparaît sur les inscriptions de la région entre La Mecque et Taif, ce qui est significatif en termes d’orthographe retrouvée dans le Coran. En termes d’orthographe, l’écriture avec double lām de allāh telle qu’elle apparaît dans le Coran est une pratique orthographique inhabituelle, car dans les écritures sémitiques une consonne doublée n’est généralement pas écrite deux fois.[14][7]
Croyances des mushrikīn coraniques
L’historienne Patricia Crone, dans un article détaillé sur les mushrikīn coraniques, a souligné que beaucoup croyaient en Allāh comme le dieu créateur judéo-chrétien, mais lui associaient un ou plusieurs partenaires inférieurs, généralement décrits comme des dieux mais parfois comme ses enfants, et qu’il avait pris des anges féminins pour lui-même. Parfois, ces dieux sont nommés, et la plupart ont également été retrouvés dans des inscriptions rupestres. Les mushrikīn croyaient aussi aux djinns et aux démons, et certains adoraient les corps célestes. Ahab Bdaiwi ajoute que le paganisme pur est rarement attesté tel que décrit dans les sources postérieures (comme Ibn al-Kalbī).[15][16][17]
Allāh dans la poésie préislamique
Nicolai Sinai note dans son article de 2019 Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry, que Allāh apparaît également dans la poésie préislamique authentique comme le nom d’un dieu extrêmement puissant, qu’on peut peut-être mieux décrire comme un « dieu suprême » des païens, et non seulement comme le Dieu judéo-chrétien reconnu par Crone. Comme d’autres chercheurs l’avaient déjà reconnu, pour les païens du Coran, Allāh était un dieu créateur avec un large éventail de pouvoirs. Dans la poésie arabe préislamique, on voit qu’ils considéraient Allāh comme le créateur des cieux et de la Terre, le maître des destinées humaines, le pourvoyeur de pluie, et un dieu qui venge les serments non tenus. Des prières et des sacrifices étaient adressés à Allāh, qui détermine l’issue des événements présents, ce qui recoupe la proclamation coranique des opposants païens. De même, les païens du Coran, comme la majorité des poètes païens préislamiques, ne considèrent pas qu’Allāh joue un rôle eschatologique (c’est-à-dire – l’idée d’un jugement universel des ressuscités).[18]
Monothéisme judéo-chrétien général en Arabie
À l’époque de Muhammad, les deux plus grands empires du Proche-Orient étaient l’Empire byzantin (romain), dont le christianisme était la religion d’État,[19] et le judaïsme y était encore pratiqué.[20] Et l’empire sassanide (perse), où l’Église nestorienne (ou Église de l’Orient), bien que n’étant pas religion d’État, était pratiquée,[21] tout comme le judaïsme.[22] Ces deux empires avaient des contacts étendus avec les tribus arabes dans les siècles précédant l’Islam.
Cela est particulièrement bien documenté à travers les factions arabes pro-romaines et pro-sassanides dirigées par deux dynasties : les Jafnides ou « Ghassānides » et les Naṣrides ou « Lakhmides »,[23] qui sont également mentionnés dans de nombreuses autres sources non arabes.[24]
Comme le note Lindstedt (2023), les Ghassānides et les Lakhmides sont parvenus à des positions importantes en tant qu’alliés et sortes d’États tampons de l’Empire byzantin et de l’Empire sassanide vers la fin du IIIe siècle de notre ère.[25] Les Ghassānides s’étaient convertis vers le Ve siècle, et les Lakhmides avant l’islam.[26] On disait que les Ghassānides possédaient une sorte d’écrit religieux, bien que l’on ne sache pas exactement lequel.[27] Les deux dynasties soutenaient le christianisme, par exemple en construisant des églises. Les élites ghassānides sont connues pour avoir construit des églises tout au long du VIe siècle selon les données archéologiques.[28] Il est possible que déjà au IVe siècle le roi lakhmide Marʾ al-Qays ibn ʿAmr se soit converti au christianisme, bien que certains datent cette conversion vers la fin du VIe siècle ; quoi qu’il en soit, des sources arabes et non arabes suggèrent que les Lakhmides et les habitants de leur territoire étaient devenus « majoritairement chrétiens » avant l’Islam, bien qu’il soit difficile d’en être certain.[29]
Il note également que la tribu des Taghlib s’est convertie à la fin du VIe siècle, comme l’atteste la poésie composée par ses membres, et que les Ṣāliḥides et Tanūkhides se sont également christianisés. Selon les preuves disponibles, la majorité des tribus de l’Arabie du Nord ont adopté le christianisme dans sa forme miaphysite.[30]
Des inscriptions monothéistes, très probablement chrétiennes, ont aussi été retrouvées au nord-ouest de l’Arabie, dans les localités d’alʿArniyyāt et Umm Jadhāyidh, en Arabie Saoudite, au nord-ouest de Madāʾin Ṣāliḥ (ancienne Hégra) et d’Al-Jawf – ces localités se situent à un peu plus de 500 km par la route de Médine, ce qui, comme le note Lindstedt, est une distance comparable aux 450 km entre La Mecque et Médine.[31] Une présence juive est également attestée à travers le Ḥijāz plusieurs siècles avant l’Islam, avec des inscriptions datant de l’an 230 de notre ère à Taymā indiquant qu’un Juif était le « chef » de la ville, et d’autres à Hégra et Dedan, y compris en arabe nabatéen, et d’autres similaires datées entre 356 et 367 de notre ère ; Hoyland remarque à ce sujet que ces deux inscriptions « sont des textes très importants pour le judaïsme en Arabie du Nord, car elles impliquent qu’au moins certains de ses membres faisaient partie de l’élite de cette société. Étant donné que ces textes sont espacés de plus de 150 ans, on peut aussi supposer une certaine stabilité de cette fonction. »[32]
Lindstedt (2023) note qu’il est très probable que la majorité des habitants de l’Arabie étaient juifs ou chrétiens,[33] avec une majorité chrétienne dans le nord, et une majorité juive dans le sud.[34] Il convient également de noter que certains auteurs de l’époque islamique (tels que des historiens, commentateurs et poètes) ont identifié plusieurs toponymes à La Mecque et dans ses environs qui suggèrent la présence de chrétiens y vivant ou y séjournant, notamment pour des pèlerinages.[35] Par exemple, al-Azraqī (mort en 837 de notre ère) rapporte qu’il existait à La Mecque un *maqbarat al-naṣārā*, c’est-à-dire un « cimetière des chrétiens » (sans autre précision). Il est difficile d’établir la date exacte et l’existence de ce cimetière, mais on peut aussi s’interroger sur la motivation qu’auraient eue les auteurs musulmans à forger une telle information (puisqu’elle va à l’encontre des traditions islamiques qui décrivent La Mecque comme une ville païenne).[36]
Au sud se trouvait le royaume himyarite (centré dans l’actuel Yémen), où le christianisme et le judaïsme ont gagné une forte influence dès le IVe siècle,[37] avec des souverains qui se sont convertis.[38] Christian Julien Robin note le développement dans la région d’un monothéisme d’inspiration juive, appelé « Raḥmānisme » par A. F. L. Beeston à cette époque.[39] Celui-ci fut ensuite conquis par le royaume chrétien d’Aksoum (ou Axoum), basé dans l’actuelle Éthiopie, Érythrée, Djibouti et Soudan, qui se trouvait à l’ouest de l’Arabie de l’autre côté de la mer Rouge, et qui exerça aussi une influence impériale sur la péninsule arabique durant les siècles précédant l’islam,[40] avant que les Perses ne l’envahissent dans la seconde moitié du VIe siècle.[41] En outre, comme le rapporte El-Badawi (2024), « le Talmud contient des preuves, peut-être datant d’environ 400 de notre ère, selon lesquelles des prêtres expulsés par la purge du temple sous Josias auraient fui Jérusalem pour se réfugier en Arabie. Ils se seraient installés parmi les Ismaélites et auraient atteint jusqu’au Ḥaḍramawt, dans le sud de l’Arabie. »[42] Comme mentionné précédemment, indépendamment de l’origine exacte des termes, la recherche académique reconnaît depuis longtemps l’influence du monothéisme judéo-chrétien dans la péninsule arabique et parmi les tribus arabes bien avant l’islam. Ces influences auraient véhiculé à la fois des récits et des concepts généraux vers le Ḥijāz, que ce soit par des tribus chrétiennes et juives vivant aux côtés de la première communauté coranique, ou simplement par des voyageurs racontant des histoires et/ou faisant du prosélytisme, des esclaves en déplacement qui les connaissaient, par le commerce, les pèlerinages, etc.
Des rapports font aussi état de violences sectaires entre groupes monothéistes concurrents en Arabie.
Holyland (2008)[43] note l’implication documentée des autorités de l’Église chrétienne syriaque dans l’émergence du christianisme arabe durant les premiers siècles de notre ère. Il met en lumière plusieurs exemples de cette interaction, comme Alexandre, évêque de Mabbugh (au nord-est de l’actuelle Alep, en Syrie), qui fit construire une église à Rusafa dédiée à saint Serge, un saint vénéré par les tribus arabes de la région. Des figures syriaques comme Jacques de Saroug et Sévère, patriarche d’Antioche, ont aussi rédigé des textes en l’honneur de saint Serge. Au début du VIe siècle, Philoxène, un autre évêque de Mabbugh, consacra les premiers évêques de Najrān dans le sud-ouest de l’Arabie. D’autres personnages notables comme Élie, un martyr originaire du sud de l’Arabie qui avait été moine au couvent de Mar Abraham de Tellā (à l’est de l’actuelle Édesse, en Turquie), ainsi que Jacques de Saroug et Jean le Psaltaire du monastère d’Aphtonios à Qenneshre (à l’est d’Alep), ont écrit des œuvres honorant les martyrs chrétiens de Najrān. Ainsi, bien qu’il n’y ait pas eu de centre établi du christianisme syriaque dans le Ḥijāz, il existait clairement des lignes de communication et d’influence qui le traversaient.[44]
Réformisme abrahamique
Muḥammad insiste sur le fait de suivre « la religion d’Abraham » plutôt que celle des juifs ou des chrétiens (Coran 2:135, Coran 3:67). Le Coran élève Ismaël, fils d’Abraham, considéré comme l’ancêtre des Arabes selon des interprétations tardives des auteurs bibliques sur les « Ismaélites »[45] (cependant, dans la Bible, c’est son autre fils Isaac avec qui l’alliance est établie, tandis qu’Ismaël en est expressément exclu).[46] Dans le Coran, Ismaël devient un prophète, et il est dit qu’il construit un temple avec Abraham (Coran 2:125-127), identifié dans la tradition islamique comme la Kaaba à La Mecque. Ce récit, qui présente les disciples de Muḥammad comme les descendants d’Ismaël, relie non seulement le monothéisme arabe à l’héritage d’Abraham par la généalogie, mais établit également une charte religieuse pour le sanctuaire mecquois et le pèlerinage, offrant ainsi à Muḥammad un fondement significatif à son message.
Michael Cook (2024) note que cette idée selon laquelle les Arabes seraient des descendants d'Abraham Coran 22:78 est antérieure au Coran, et qu’elle était bien connue des Arabes depuis des millénaires, comme le rapporte Sozomène, un chrétien (né vers 380 à Bethelea, près de Gaza, en Palestine — mort vers 450 à Constantinople, Empire byzantin [aujourd’hui Istanbul, Turquie.])[47], qui écrivait que certains avaient pris connaissance de ce fait et avaient commencé à pratiquer un monothéisme inspiré du judaïsme plutôt que le paganisme, plusieurs siècles avant l’islam.
Dans la tradition islamique
Il convient également de noter que, même dans le récit traditionnel, bien que contesté par les chercheurs modernes (comme mentionné ci-dessus), des Juifs et des Chrétiens apparaissent.
Récits des prophètes dans l’islam
Comme de nombreux chercheurs islamiques aux points de vue variés sur les origines de la religion, par exemple Nicolai Sinai,[48] Angelika Neuwirth,[49] Robert G. Hoyland,[50] Andrew Bannister[51] et Stephen Shoemaker,[52] ont souligné que le Coran semble évoquer les récits bibliques et arabes de manière allusive, supposant que le public en connaissait déjà les détails et les personnages. Cela suggère que ces récits étaient bien connus dans l’environnement où il fut prêché à l’origine, ce que confirment par ailleurs la proximité des monothéistes judéo-chrétiens, ainsi que des exemples retrouvés dans la poésie préislamique.[53]
Bannister, Andrew G.. An Oral-Formulaic Study of the Qur'an (pp. 12-13) (Kindle Edition). Lexington Books. 2014. </ref> et Stephen Shoemaker,[54] ont noté que le Coran semble rappeler des histoires bibliques et arabes de manière allusive, ce qui suppose que le public connaissait déjà l’histoire plus large et ses personnages en détail. Cela suggère que ces récits étaient largement connus dans l’environnement dans lequel ils furent initialement prêchés, et l’on observe d’autres indices de cela en lien avec la proximité de monothéistes judéo-chrétiens, avec des exemples retrouvés dans la poésie préislamique.[55]
Culte à la Ka’bah
Le Coran mentionne fréquemment un sanctuaire sûr ou une maison où ont lieu des rituels, qu’il nomme « la Ka'bah, la Maison sacrée » dans Coran 5:95-97. Traditionnellement, on l’identifie aux « fondations de la maison » élevées par Abraham et Ismaël dans Coran 2:127, ce qui est probablement l’implication visée. Voir aussi Coran 3:96-97, qui affirme que la première maison pour l’humanité où Abraham priait fut construite à Bakkah, généralement comprise comme étant La Mecque, ainsi que Coran 14:35-41, où la maison sacrée construite par Abraham est décrite dans les mêmes termes que la Ka'bah dans d’autres versets. Encore plus explicite est Coran 22:26-29, où le site de la maison d’Abraham est identifié à la « maison ancienne » autour de laquelle les pèlerins sont autorisés à tourner. Il existe cependant peu ou pas de preuve directe concernant l’histoire préislamique de la Ka'bah à La Mecque. En revanche, certaines preuves indirectes significatives s’y rapportent, et elles ne vont pas dans le sens de la compréhension traditionnelle.
Dans son article Foundations of the house, Joseph Witztum discute ce verset (Coran 2:127). Il soutient que la scène coranique reflète un ensemble de traditions post-bibliques se fondant sur Genèse 22, où Abraham va sacrifier Isaac (dans le Coran, il s’agit d’Ismaël). Dans des traditions exégétiques ultérieures, Abraham construit un autel pour le sacrifice et Isaac s’offre volontairement. Dès Les Antiquités judaïques 1:227 de Josèphe (Ier siècle EC), Isaac aide même à la construction. Aux IVe et Ve siècles, plusieurs homélies chrétiennes (principalement syriaques) reprennent ce motif. Puis une homélie syriaque du VIe siècle de Jacques de Saroug sur Genèse 22 les décrit comme construisant non seulement un autel mais une « maison » (syriaque : *bayta*), comme dans le Coran (arabe : *bayt*). Witztum soutient que le Coran transfère cette imagerie associée à Jérusalem vers La Mecque.[56] Le développement clairement tardif de l’idée qu’Abraham ait construit une maison sacrée pour y sacrifier son fils remet en question la réalité historique de ce récit, sans parler de l’idée que la Ka'bah de La Mecque en serait le lieu. Pour bien d’autres exemples d’éléments narratifs chrétiens syriaques dans le Coran, voir l’article (anglais): Parallels Between the Qur'an and Late Antique Judeo-Christian Literature.
Les conclusions de Witztum sont également résumées par Gabriel Said Reynolds dans son commentaire académique sur le Coran. Reynolds note par ailleurs que l’historien byzantin Sozomène du Ve siècle EC (mort en 450) rapporte que les Arabes effectuaient un pèlerinage annuel à Hébron, près de Jérusalem, où Abraham aurait reçu une visite divine (Genèse 18). Reynolds suggère que ce pèlerinage arabe a pu être ultérieurement transféré à La Mecque.[57] En effet, il semble étrange que ces Arabes se rendent jusqu’à Hébron en pèlerinage si la maison d’Abraham était déjà identifiée à un sanctuaire à La Mecque à cette époque. Le professeur Sean Anthony a écrit une discussion complémentaire utile sur le sujet.[58] Patricia Crone est largement reconnue pour avoir établi que La Mecque n’avait aucune importance particulière au moment de l’émergence de l’islam, qu’elle ne se trouvait pas sur la principale route commerciale, et que son commerce portait sur des produits comme le cuir, la laine et d’autres biens pastoraux.[59]
Un lieu appelé Macoraba en Arabie est mentionné dans une œuvre géographique de Ptolémée au IIe siècle EC. De nombreux chercheurs universitaires pensent qu’il s’agit d’une référence à La Mecque (une hypothèse formulée pour la première fois au XVIe siècle), et certains estiment même que le nom dérive d’un ancien mot sud-arabique pour temple, *mkrb*. D'autres historiens, tels que Patricia Crone et Ian D. Morris, ont soutenu qu’il n’existe aucune raison valable de croire que Macoraba et La Mecque soient le même endroit. Cette idée n’a jamais été appuyée par une enquête académique significative, et aucune autre source ancienne n’a pu être démontrée comme décrivant La Mecque ou son temple.[60]
Il semble que Muhammad ait simplement poursuivi, sans le savoir, une tradition préislamique de culte et de pèlerinage à la Ka'bah. Son identification avec la maison d’Abraham n’a aucun fondement historique. Les preuves suggèrent même que l’histoire selon laquelle Abraham et son fils auraient construit une maison sacrée ne remonte pas à une grande antiquité.
Récits ultérieurs rapportés dans les hadiths
Selon les hadith, la Ka'bah à La Mecque était un centre d’adoration des idoles, abritant 360 idoles :
Dans un hadith, Muhammad affirme qu’elle a été construite 40 ans avant le Temple de Jérusalem :
Le Temple de Jérusalem a été construit par Salomon vers 958–951 AEC, tandis qu’Abraham est censé avoir vécu vers 2000 AEC, ce qui signifie qu’Abraham et Ismaël étaient déjà morts à cette époque.
Selon un autre hadith, Muhammad envisagea même de la démolir :
Ḥajj (pèlerinage)
Voir aussi: Le pèlerinage, al-Kalam, Aux origines de l'islam.
Langage religieux
Le spécialiste de l’islam Peter Webb (2023) remarque que le langage religieux coranique se retrouve dans la poésie préislamique, comme le mot *muʿtamir*, formé de la même racine que le terme musulman *ʿumrah*, pour désigner un pèlerin. Plusieurs poètes préislamiques emploient également le mot *ḥijaj* (litt. « pèlerinages », pluriel de *ḥijjah*) pour exprimer le concept d’« années », notamment les « années passées ». *ʿUmrah/muʿtamir*, selon Webb, ne semblent pas apparaître comme termes de datation poétique, tandis que cet aspect métaphorique est attaché uniquement à *ḥijaj*, ce qui suggère que *ḥajj* désignait probablement un pèlerinage se déroulant annuellement (ce que *ʿumrah* ne faisait pas), et qu’un schéma régulier de pèlerinages annuels appelés *ḥajj* était suffisamment établi pour que le terme « pèlerinage » serve de métaphore pour le passage du temps lui-même.[61] Plusieurs poètes préislamiques font référence aux animaux sacrificiels du Ḥajj exactement dans les mêmes termes que ceux utilisés par le Coran, à savoir *hady*, ce qui suggère davantage une continuité qu’un changement.[62]
Rasage des cheveux
Le rituel de rasage des cheveux durant le Ḥajj, tel qu’on le trouve dans les hadiths comme :
Et par exemple Sahih Bukhari 2:26:786, Sahih Muslim 7:2992 et Sunan Ibn Majah 4:25:3044, ce rituel se retrouve également dans la poésie préislamique, où Webb (2023) note :
Je jurai solennellement par les campements de Minā,
et par les têtes rasées et les cheveux pleins de poux.
Minā est le campement des pèlerins du Hajj, et le rasage des cheveux reste l’un des rituels obligatoires du Hajj pour les hommes ; le poème de Zuhayr fournit un témoignage préislamique des deux, ainsi que de leur caractère sacré reconnu à l’époque préislamique, dans la mesure où il les emploie dans un serment.On retrouve également cela dans le corpus d’Abū Dhuʾyab al-Hudhalī (contemporain approximatif de Muhammad).[63]
Tawaf entre Safa et Marwa
Le Tawaf entre Safa et Marwa est un rituel islamique associé au pèlerinage à La Mecque. Safa et Marwa sont deux monts situés à La Mecque. Ce rituel consiste à marcher rapidement entre les deux monts, sept fois.
Selon un hadith dans Bukhari, cela était à l’origine une pratique préislamique, ce qui pourrait expliquer la formulation « il n’y a aucun blâme sur lui » dans le verset cité ci-dessus.
Une tradition existe également selon laquelle Hagar courut entre ces deux monts à la recherche d’eau jusqu’à ce qu’elle trouve le puits de Zamzam.
Exigence de l'Ihram
L'Ihram est un état dans lequel un musulman entre pour son pèlerinage à La Mecque. Cela implique une série de procédures comme le lavage rituel, le port des « vêtements d'Ihram », etc. La pratique de réciter la talbiyah (invocations) au moment de l'entrée dans l'Ihram remonte aux Arabes préislamiques. Le premier historien islamique Muqātil b. Sulaymān (d. 150/767) décrit 56 de ces invocations récitées avant l'Ihram, chaque tribu ayant les siennes.[64]
L'Ihram était selon les hadiths dans Sahih Bukhari à l'origine une exigence païenne pour adorer des idoles durant les temps préislamiques. Muhammad a retenu cette pratique pour l'Islam. Les musulmans revêtent l'Ihram pour accomplir le Hajj ou l'Umrah.
Circumambulation 7 fois
Quelques versets du Coran autorisent la circumambulation autour de la Maison sacrée, ce qui, selon le Coran, était un commandement initialement donné à Abraham au même endroit. La circumambulation signifie faire le tour. En Islam, les pèlerins accomplissent ce rituel sept fois autour de la Ka'bah à La Mecque.
L'historien Robert Hoyland parle de la même pratique dans la religion préislamique :
Le judaïsme et le christianisme (les religions de ceux considérés comme les gens du Livre) ne pratiquent pas la circumambulation rituelle pour plaire à Dieu. Deux des autres grandes religions avec une pratique similaire sont l'hindouisme et le bouddhisme (appelée Parikrama). Ces deux religions sont accusées par l'Islam traditionnel de « paganisme » et de pratiquer l'idolâtrie.
Si l'on doit croire les hadiths, Muhammad a effectué la circumambulation autour de la Ka'bah même avant d’en expulser les idoles. Bien que de tels récits puissent être remis en question, voir la fin des sections d'introduction de l'article (anglais): Parallels Between the Qur'an and Late Antique Judeo-Christian Literature concernant les premiers témoignages oculaires musulmans des icônes religieuses judéo-chrétiennes dans la Ka'ba.
Vénération de la Pierre Noire
Article principal (anglais): Black Stone
Les dieux païens de l'Arabie préislamique étaient adorés sous la forme de pierres ou rochers rectangulaires. Par exemple, la divinité païenne 'Al-Lat', mentionnée dans Quran 53:19, et que les païens préislamiques croyaient être l'une des filles d'Allah, était autrefois vénérée comme un rocher cubique à Ta'if en Arabie Saoudite selon les sources islamiques sur le sujet rédigées après l’avènement de l'Islam. Un édifice fut construit au-dessus du rocher pour le marquer comme un lieu de culte.
L'Encyclopédie Britannica en ligne dit ceci au sujet des sanctuaires religieux préislamiques.
L'Encyclopédie Juive en ligne déclare :
Toucher la pierre noire semblait être trop proche de l'idolâtrie pour certains premiers savants islamiques, bien que la tradition ait été acceptée sur la base de la pratique des premiers califes.[66][67]
Selon une tradition dans la Sira d'Ibn Ishaq, Muhammad a été choisi par les Quraysh pour placer la pierre noire dans la Kaaba nouvellement reconstruite lorsqu'il avait 35 ans, cinq ans avant le début de sa prophétie.[68]
Prière 5 fois vers La Mecque
Les païens avant l'Islam priaient cinq fois par jour en direction de La Mecque.[69] Muhammad a retenu pour l'Islam cette pratique préislamique, la sanctionnant par un récit d'un voyage nocturne au ciel sur une bête mythique appelée al-Buraq. Au ciel, le Hadith nous dit qu'Allah exigea 50 prières par jour pour chaque musulman. Sur les conseils de Moïse, Muhammad négocia avec Allah et réussit à réduire cela à cinq prières par jour. Les zoroastriens sont également censés réciter leurs prières (kusti) au moins cinq fois par jour après s'être d'abord purifiés par le lavage (ablution). Ces pratiques islamiques montrent l'influence zoroastrienne.[70] Mais, contrairement aux musulmans, les zoroastriens prient en direction du Soleil (à chaque moment de la journée) et/ou du Feu Sacré (s'ils sont dans un Temple du Feu). [71]
Voir aussi: La prière, al-Kalam, Aux origines de l'islam.
Les Quatre Mois Sacrés
Le Coran mentionne quatre mois sacrés et donne un avertissement contre ceux qui les modifient d'année en année.
Dans des matériaux extra-coranique tels que le hadith et les commentaires, nous apprenons que ces mois sont appelés Dhul Qadha, Dhul Hijjah, Muharram et Rajab, que les Arabes païens préislamiques considéraient comme sacrés durant l'époque de la Jahiliyyah, où il était convenu de suspendre les combats tribaux et où le pèlerinage pouvait être effectué en toute sécurité.[72] Le péché durant ces mois est considéré comme plus grave que durant les autres mois.[73]
Jeûne du 10e jour de Muharram
Le jeûne du jour d'Achoura (c'est-à-dire le 10e de Muharram) est un jeûne optionnel observé annuellement par les musulmans sunnites et, dans une moindre mesure, par les musulmans chiites. Il existait deux traditions contradictoires concernant son origine.[74] Dans une tradition, il est lié aux Juifs de Médine, tandis que l'autre l'attribue aux Quraysh. Une version de la première narration dit que Muhammad observait ce jeûne jusqu'à ce qu'il soit abrogé par l'obligation de jeûner pendant le Ramadan. Cela se trouve également dans la narration alternative qui le relie aux Arabes païens, comme le montre ce passage ci-dessous.
Versets de Serment
Il existe de nombreux 'serments' dans le Coran, souvent au début des sourates, 'jurant' sur quelque chose.
wal-ʿaṣri
Stewart (2012)[75] note que les serments au début de nombreuses sourates coraniques (ainsi que d'autres caractéristiques coraniques) appartiennent à une tradition oraculaire préislamique liée à la divination. Ces serments invoquent souvent des corps célestes tels que le soleil, la lune et les étoiles, ainsi que des phénomènes naturels comme la nuit, le jour et des moments spécifiques. Historiquement, certaines de ces entités célestes étaient vénérées comme des divinités, y compris par la tribu des Quraysh. Cependant, dans le Coran, leur régularité prévisible est mise en avant comme un signe du contrôle de Dieu sur l'univers. L'utilisation des serments faisant référence à des moments spécifiques de la journée reflète une continuité des conventions poétiques et oraculaires préislamiques. Des exemples incluent des serments par l'aube, le crépuscule, le matin et d'autres moments spécifiques, comme on le voit dans divers versets (par exemple, Coran 92:1-2, Coran 74:32-34, Coran 81:18, Coran 89:1, Coran 84:15). Lettres mystérieuses et les références aux Écritures sont parfois combinées avec un serment, comme dans Qāf * wa-l-Qurʾāni l-majīd *, “Q. Par le Glorieux Qurʾān” (Q 50:1); Nūn wa-l-qalami wa-mā yasṭurūn, “N. Par le stylo et ce qu'ils écrivent” (Q 68:1); Ḥā mīm wa-l-kitābi l-mubīn, “Ḥ. M. Par le Livre clair” (43:1–2; 44:1–2).[76] Il note sur l'origine de ces types de serments dans l'Arabie préislamique.
Peines pour Adultère et Vol
Voir l'article principal: La lapidation dans la loi islamique
Dans Coran 5:38, la peine pour le vol est donnée comme l'amputation de la main. Dans les hadiths, la peine pour les adultères mariés est la lapidation, (bien que seules les flagellations soient mentionnées pour zina dans le Coran).
Walter Young a montré que les peines de hadd de lapidation des adultères et d'amputation de la main pour le vol avaient des parallèles préislamiques dans la loi coutumière arabe. Young écrit :
Étoiles filantes et Djinns espions
Article principal (anglais): Shooting Stars in the Quran
L'idée des étoiles filantes chassant les démons espions a des racines zoroastriennes, juives, et probablement arabes. Cela a été noté par Patricia Crone dans le commentaire publié après le Séminaire du Coran 2012-13 (une série de conférences académiques).[78] Elle soutient que bien que les sources zoroastriennes aient été écrites après le Coran, leurs contenus datent de la période sassanide, avant l'essor de l'Islam. Ici, les étoiles fixes et les constellations sont des guerriers dirigés par le soleil et la lune pour repousser les démons représentés par des corps mobiles (planètes et comètes) empêchant leur passage vers le ciel supérieur. C'est dans le Testament de Salomon (1er au 3e siècle de notre ère) que les démons qui volent parmi les étoiles ne sont pas des guerriers, mais tentent plutôt d'écouter les décisions de Dieu à propos des hommes. Ici, les gens voient les étoiles filantes comme les démons épuisés tombant à nouveau sur terre. Les démons espions apparaissent également dans le Talmud babylonien.
Attributions erronées courantes
Allah en tant que "Dieu de la Lune"
Voir la section ci-dessus sur les origines du nom Allah. Une polémique populaire sur Internet propage l'idée qu'Allah dérive de la déesse arabe de la lune al-Lah. Cette idée a été proposée en 1901 par le savant allemand du début du XXe siècle Hugo Winckler. Elle est aujourd'hui universellement rejetée par les chercheurs académiques tant sur des bases historiques que linguistiques.
Le symbole du croissant de lune et Hubal
Une autre affirmation populaire sur Internet est que le symbole du croissant de lune islamique dérive des rapports des hadiths indiquant qu'un dieu arabe de la lune, Hubal, était vénéré à la Ka'bah. En réalité, le symbole de l'étoile et du croissant de lune a été adopté par les pièces de monnaie du premier empire islamique en continuité avec celles de l'empire sassanide qu'il avait conquis, mais il n'est devenu un symbole de l'Islam que plusieurs siècles plus tard lorsqu'il a été utilisé comme symbole de drapeau par les Ottomans. À l'origine, il provient des pièces de monnaie gréco-romaines dans un contexte païen, certains argumentent même une origine sumérienne, et était également présent sur les pièces chrétiennes byzantines comme un simple motif iconographique. Voir l'article Crescent Moon pour plus de détails.
Selon Ibn Hisham, le grand-père païen de Muhammad, Abd al-Muttalib, avait presque sacrifié le père de Muhammad, Abdallah, à la Ka’aba, pour Hubal :
Selon la tradition, la Ka’bah, le lieu le plus sacré de l'Islam, avait été un endroit où de tels sacrifices humains païens et égorgements avaient eu lieu pour Hubal. Lorsque Muhammad fonda l'Islam, selon les sources islamiques, il rejeta Hubal et tous les autres dieux païens. Lors de la bataille de Badr, son ennemi Abu Sufyan loua la haute position du dieu de la lune Hubal, en disant "Ô Hubal, sois élevé". Muhammad demanda à ses partisans de répondre : "Allah est plus élevé".[80] C'est censé être l'origine de la phrase couramment prononcée "Allahu Akbar" en arabe.
Voir aussi
- Articles wikiislam en français
- Coran, hadiths et savants : la histoire textuelle du Coran
- Coran, hadith, et savants - les sources de l’islam
- La Corruption des anciennes Écritures
- La lapidation dans la loi islamique
- Coran, hadith et savants : la Cosmologie
Articles en anglais:
- Article original: Pre-Islamic Arab Religion in Islam
- Parallels Between the Qur'an and Late Antique Judeo-Christian Literature
- Ka'bah
- Black Stone
- Mecca
Liens externes
- Les origines religieuses païennes de l'Islam (ang) - Answering Islam
- L'influence de l'animisme sur l'Islam (ang) - Online book by Samuel M. Zwemer, F.R.G.S.
Références
- ↑ Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, pp. 3, 6
- ↑ Voir l’introduction du chapitre en accès libre : Ahmad Al-Jallad (2022), The Religion and Rituals of the Nomads of Pre-Islamic Arabia: A Reconstruction based on the Safaitic Inscriptions in (ed. Zhi Chen et al.), Ancient Languages and Civilizations, Volume: 1, Leiden: Brill
- ↑ Patricia Crone' The Religion of the Quranic Pagans: God and the Lesser Deities, Arabica 57 (2010) p. 171 ff.
- ↑ Voir p. 122 dans Ahmad al-Jallad (2020) Chapter 7: The Linguistic Landscape of pre-Islamic Arabia - Context for the Qur’an in Mustafa Shah (ed.), Muhammad Abdel Haleem (ed.), "The Oxford Handbook of Qur'anic Studies", Oxford: Oxford University Press
- ↑ Il écrit également : "En Arabie du Sud, le nom divin rḥmnn/raḥmān-ān/ ‘le Raḥmān’ se réfère à la divinité de la période monothéiste, qui a été fortement influencée par le judaïsme, voire même en est dérivée, et est donc probablement une traduction calquée de *rḥmnʾ*.
Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, pp. 7-8 - ↑ Kjær, Sigrid (2022). ‘Rahman’ before Muhammad: A pre-history of the First Peace (Sulh) in Islam, Modern Asian Studies, 56(3), 776-795. doi:10.1017/S0026749X21000305
"Il est important de souligner que, sur la base d’une datation approximative des sourates coraniques, les théonymes dans l’écriture islamique semblent avoir évolué en trois phases. Dans la phase la plus ancienne, le Coran utilise *rabb*, passe ensuite à *al-Rahman*, pour finalement aboutir à une utilisation presque exclusive de *Allah* dans les sourates plus tardives. *Rabb* signifiait simplement « Seigneur » et était utilisé pour des divinités immanentes liées à des sanctuaires. Son usage dans les premières parties du Coran correspond également à un usage monolâtre et immanentiste. En revanche, *al-Rahman* était clairement associé à Moïse dans le Coran et au rejet du culte des images, ce qui apparaît dans les versets mecquois ultérieurs. Finalement, *Allah* devient le théonyme universel, englobant à la fois *Rabb* et *al-Rahman*, au service d’un monothéisme abrahamique pleinement biblique qui prit forme à Médine."
Dans une note de bas de page, Kjær ajoute : "La réticence initiale à utiliser le théonyme Allah pourrait avoir été due à ses origines polythéistes.", citant Böwering, Gerhard, ‘Chronology and the Qur’ān’, dans *Encyclopaedia of the Qur’ān* (Leiden : Brill, 2001), p. 329 - ↑ 7,0 7,1 et 7,2 See the start of Appendix 1 (p. 93) in the open access chapter: Ahmad Al-Jallad (2022), The Religion and Rituals of the Nomads of Pre-Islamic Arabia: A Reconstruction based on the Safaitic Inscriptions in (ed. Zhi Chen et al.), Ancient Languages and Civilizations, Volume: 1, Leiden: Brill
- ↑ See this twitter thread by leading linguist in the history of Arabic, Dr Marijn van Putten - 19 October 2021 (archive)
- ↑ Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, page 14
- ↑ 10,0 et 10,1 Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, pp. 6-7
- ↑ Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, page 13 ff
- ↑ Ahmad al-Jallad (2020) Chapter 7: The Linguistic Landscape of pre-Islamic Arabia - Context for the Qur’an in Mustafa Shah (ed.), Muhammad Abdel Haleem (ed.), "The Oxford Handbook of Qur'anic Studies", Oxford: Oxford University Press, pp. 121 ff
- ↑ Ahmad al-Jallad (draft) The pre-Islamic basmala: Reflections on its first epigraphic attestation and its original significance, page 8
- ↑ Voir de 18 à 27 minutes dans Ahmad Al-Jallad II: The History of Pre-Islamic Arabia based on Epigraphic Evidence - youtube.com - 20 mars 2023
- ↑ Patricia Crone' The Religion of the Quranic Pagans: God and the Lesser Deities, Arabica 57 (2010) 151-200
- ↑ Voir l’article de blog du Dr Ahab Bdaiwi résumant ses conclusions Arabian Monotheism before Islam: Some Notes on the Mushrikūn of the Qurʾan - 26 octobre 2021
- ↑ Voir aussi ce fil plus ancien Twitter.com thread par le Dr Ahab Bdaiwi - 12 août 2020 (archive) et celui-ci - 26 mai 2021 (archive)
- ↑ Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry, New Haven, Connecticut: American Oriental Society, 2019. Essay 15. Nicolai Sinai.
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- ↑ The catalogue of punishment legends that is here presented only in a list form is the first of its kind in the Qur’an. It evokes events apparently already known to the hearers, wherein the local and Arab (ʿĀd, Thamūd, here mentioned for the first time) are brought together with the biblical (Firʿawn, likewise for the first time in this passage) without differentiation. Neuwirth, Angelika. The Qur'an: Text and Commentary, Volume 1: Early Meccan Suras: Poetic Prophecy (p. 117) (Kindle Edition). Yale University Press.
- ↑ Hoyland, Robert G.. Arabia and the Arabs: From the Bronze Age to the Coming of Islam (Peoples of the Ancient World) (p. 222-223). Taylor & Francis.
- ↑ The Qur’an frequently mentions biblical characters and episodes in a manner which suggests that the reader is clearly expected to be familiar with them. Bannister, Andrew G.. An Oral-Formulaic Study of the Qur'an (pp. 12-13) (Kindle Edition). Lexington Books. 2014.
- ↑ At the most general level, the Qurʾān reveals a monotheist religious movement grounded in the biblical and extra-biblical traditions of Judaism and Christianity, to which certain uniquely “Arab” traditions have been added. These traditions, however, are often related in an allusive style, which seems to presuppose knowledge of the larger narrative on the part of its audience. Shoemaker, Stephen J.. The Death of a Prophet (Divinations: Rereading Late Ancient Religion) (Kindle Locations 2691-2694). University of Pennsylvania Press, Inc.. Kindle Edition.
- ↑ Sinai, Nicolai. “Religious Poetry from the Quranic Milieu: Umayya b. Abī l-Ṣalt on the Fate of the Thamūd.” Bulletin of the School of Oriental and African Studies 74, no. 3 (2011): 397–416. https://doi.org/10.1017/S0041977X11000309.
- ↑ At the most general level, the Qurʾān reveals a monotheist religious movement grounded in the biblical and extra-biblical traditions of Judaism and Christianity, to which certain uniquely “Arab” traditions have been added. These traditions, however, are often related in an allusive style, which seems to presuppose knowledge of the larger narrative on the part of its audience. Shoemaker, Stephen J.. The Death of a Prophet (Divinations: Rereading Late Ancient Religion) (Kindle Locations 2691-2694). University of Pennsylvania Press, Inc.. Kindle Edition.
- ↑ Sinai, Nicolai. “Religious Poetry from the Quranic Milieu: Umayya b. Abī l-Ṣalt on the Fate of the Thamūd.” Bulletin of the School of Oriental and African Studies 74, no. 3 (2011): 397–416. https://doi.org/10.1017/S0041977X11000309.
- ↑ Joseph Witztum, The Foundations of the House (Q 2: 127), Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, vol. 72, no. 1, 2009, pp. 25–40 ]
Dans le Livre des Jubilés (IIe siècle AEC), un autel construit par Abraham à Hébron est mentionné. La maison d’Abraham est aussi évoquée à plusieurs reprises, mais uniquement comme son foyer ou sa maisonnée, et non comme sanctuaire). - ↑ Gabriel Said Reynolds, The Qur'an and the Bible: Text and Commentary, New Haven and London: Yale University Press, 2018, pp. 69-70
- ↑ Sean Anthony (2018) Why Does the Qur'an Need the Meccan Sanctuary? Response to Professor Gerald Hawting's 2017 Presidential Address, Journal of the International Qur'anic Studies Association, Vol. 3 pp. 25-41
- ↑ Cette thèse a été défendue de manière décisive par Crone dans son ouvrage de 1987, Meccan Trade and the Rise of Islam, puis renforcée dans son article de 1992 Serjeant and Meccan Trade et son article de 2007 Quraysh and the Roman Army: Making Sense of the Meccan Leather Trade
- ↑ See the conclusion in Ian D. Morris (2018) Mecca and Macoraba in: al-Usur al-wusta vol. 26 (2018)
- ↑ Webb, Peter. "The Hajj Before Muhammad: The Early Evidence in Poetry and Hadith" Millennium, vol. 20, no. 1, 2023, pp. 33-63. https://doi.org/10.1515/mill-2023-0004. pp. 37 - 38
- ↑ Ibid. pp. 47
- ↑ Ibid. pp. 45
- ↑ Voir ce fil Twitter par Dr Ahab Bdawi - 13 mars 2021
- ↑ Le Livre des Idoles, p 14 ; (traduction de Kitab Al-Asnam) par Hisham Ibn-Al-Kalbi, 819 CE, traduit par Nabih Amin Faris, 1952
- ↑ Adam Bursi (2022) Vous n'avez pas été commandé à la caresser, mais à prier près d'elle, débattant du toucher dans le pèlerinage islamique précoce, The Senses and Society, 17:1, 8-21, DOI: 10.1080/17458927.2021.2020604
- ↑ Narration de `Abis bin Rabi`a : `Umar s'approcha de la Pierre Noire et la embrassa et dit "Il ne fait aucun doute que je sais que tu es une pierre et que tu ne peux ni bénéficier à personne ni nuire à qui que ce soit. Si je n'avais pas vu le Messager d'Allah (ﷺ) t'embrasser, je ne t'aurais pas embrassée."
- ↑ Ibn Ishaq; Ibn Hisham, A. Guillaume, ed, Modèle:Citation/make link, Karachi: Oxford UP, p. 86, Modèle:Citation/identifier, 1955, https://archive.org/details/GuillaumeATheLifeOfMuhammad/page/n65/mode/2up
- ↑ L'Encyclopédie de l'Islam (éditée par Eliade) P. 303FF
- ↑ Bowker, John, The Oxford Dictionary of World Religions, New York, Oxford University Press, 1997, pp. 763-764
- ↑ Joseph H. Peterson - [[[:Modèle:Reference archive]] GAHS (prières pour chaque période de la journée)] - Avesta Zoroastrian Archives, consulté le 27 mai 2011
- ↑ Tafsir Ibn Kathir sur verset 9:36. Ibn Kathir (d. 1373)
- ↑ Talmon-Heller, Daniella. “Introduction.” Sacred Place and Sacred Time in the Medieval Islamic Middle East: A Historical Perspective, Edinburgh University Press, 2020, pp. 127–33. (pp. 29) JSTOR, http://www.jstor.org/stable/10.3366/j.ctv10kmddp.22. Consulté le 1er septembre 2024.
- ↑ Voir ce fil Twitter par Dr Ahab Bdaiwi - 8 août 2022
- ↑ Stewart, Devin J. "The Mysterious Letters and Other Formal Features of the Qur’ān in Light of Greek and Babylonian Oracular Texts." Found in: Reynolds, Gabriel. New Perspectives on the Qur'an: The Qur'an in its Historical Context 2 (Routledge Studies in the Qur'an) Taylor & Francis. 2012. pp. 323-48.
- ↑ Ibid. pp. 339.
- ↑ Walter Young, Lapidation et amputation de la main : les origines préislamiques des peines de ḥadd pour zinā et sariqa, thèse de doctorat, 2005, Université McGill, Montréal
- ↑ Commentaires de Patricia Crone dans The Qur’an Seminar Commentary: A Collaborative Study of 50 Qur’anic Passages De Gruyter, 2017, pp. 305-312
- ↑ Ibn Hisham 1/151-155; Rahmat-ul-lil'alameen 2/89,90
- ↑ "...Après cela, il commença à réciter joyeusement, "Ô Hubal, sois élevé ! (1) Là-dessus, le Prophète dit (à ses compagnons), "Pourquoi ne lui répondez-vous pas ?" Ils dirent, "Ô Messager d'Allah, que devons-nous dire ?" Il dit, "Dites, Allah est Plus Élevé et plus Sublime."..." - (Sahih Bukhari 4:52:276)